Revendiquer est un droit. Empêcher les autres d’étudier n’en est pas un. Par Maud INSÉQUÉ, candidate à l’élection présidentielle 2027


Les images de lycées bloqués se multiplient. À Saint-Denis, le lycée Paul-Éluard est devenu l’un des symboles de cette mobilisation. Et avant de choisir un camp, peut-être faudrait-il commencer par regarder les faits.


Les élèves expriment des difficultés réelles : enseignants absents, manque de personnels, problèmes matériels, conditions d’étude qu’ils jugent insuffisantes.

Ces sujets méritent des réponses. La direction du lycée Paul-Éluard vient d’en apporter plusieurs. Elle indique notamment que les classes comptent 25 élèves en seconde, 24 à 26 en première et terminale technologique et, en moyenne, 19 élèves dans les groupes de spécialité de terminale.


Elle reconnaît également plusieurs problèmes matériels. L’alimentation électrique des bâtiments modulaires vient d’être changée. Des ventilateurs doivent être installés. La pression de l’eau dans les sanitaires doit être examinée. Des ascenseurs sont prévus dans le cadre de la rénovation. Les formations au secourisme doivent se poursuivre.


Tout n’est donc manifestement pas réglé. Mais tout n’est pas davantage abandonné. C’est précisément pour cela que le dialogue est nécessaire. cependant, il existe une limite qui devrait être assez simple à comprendre : revendiquer un droit ne permet pas de supprimer celui des autres. 


La direction indique que, pendant le blocus, des élèves souhaitant entrer dans leur établissement n’ont pas pu le faire et que la sécurité de tous n’était plus assurée sur le parvis.


Si un lycéen a parfaitement le droit de protester contre ses conditions d’études. Un autre a tout autant le droit d’aller étudier. Pourquoi le premier pourrait-il décider à la place du second ? 


Lorsque des poubelles brûlent, que des projectiles ou des mortiers sont tirés et que les forces de l’ordre interviennent, nous ne sommes plus simplement dans un débat sur les moyens de l’Éducation nationale.


À Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko est venu soutenir la mobilisation. Il a déclaré que les revendications des élèves étaient légitimes et a demandé aux autorités nationales de venir les entendre. Entendre les revendications, oui. Soutenir une revendication et approuver tout ce qui peut être commis en son nom sont deux choses différentes.


Un élu peut soutenir des jeunes tout en leur disant clairement où se trouve la limite. Parce qu’apprendre la citoyenneté, ce n’est pas seulement apprendre que l’on possède des droits. C’est aussi comprendre que les autres possèdent exactement les mêmes.


C'est l’une des premières choses que l’école devrait nous apprendre : la liberté n’est pas « je fais ce que je veux ». Ma liberté existe avec celle des autres.


On peut donc écouter ces lycéens, examiner leurs demandes, corriger ce qui doit l’être et exiger de l’État, de la Région ou de l’établissement, qu’ils assument chacun leurs responsabilités.


On peut aussi simultanément dire qu’empêcher un autre élève d'entrer en cours n'est pas une manière acceptable de défendre son propre droit à de meilleures conditions d'enseignement. 


Les deux idées ne sont pas contradictoires. Elles portent même un nom : la responsabilité.